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Kaitlyn Stewart : championne du monde et ambassadrice de Vancouver

Mixologie
13 février 2025
4 min de lecture

Kaitlyn Stewart a remporté le Diageo World Class en 2017, devenant la première Canadienne sacrée championne du monde de bartending. Depuis Vancouver, elle a bâti une carrière qui allie compétition, entrepreneuriat et formation de la génération suivante.

Kaitlyn Stewart : championne du monde et ambassadrice de Vancouver

Vancouver : la scène qui monte

Vancouver occupe une place singulière dans le paysage du cocktail nord-américain. La ville de la côte ouest canadienne, coincée entre l'océan Pacifique et les montagnes Coast, a développé une culture du bar qui reflète sa géographie : des ingrédients locaux (fruits du Pacifique, herbes de la forêt boréale, fruits de mer), une influence asiatique forte (la ville abrite la plus grande communauté chinoise du Canada) et un esprit indépendant hérité de sa distance avec les capitales culturelles de l'Est.

C'est dans ce contexte que Kaitlyn Stewart a bâti sa carrière, d'abord comme bartender au Royal Dinette, puis comme figure de proue de la scène cocktail canadienne.

Le Royal Dinette et la formation

Le Royal Dinette, un restaurant-bar du quartier de Gastown à Vancouver, a été le terrain de formation de Stewart. L'établissement, installé dans un ancien entrepôt, combinait une cuisine de marché canadienne avec un programme bar ambitieux. Stewart y a développé son approche : des cocktails construits autour d'ingrédients saisonniers locaux, préparés avec une technique classique et servis avec une chaleur qui reflète la culture d'hospitalité de la côte ouest.

Gastown — le quartier historique de Vancouver, avec ses rues pavées et ses bâtiments de brique — est devenu au cours des années 2010 l'épicentre de la scène cocktail de la ville. Le Keefer Bar (spécialisé en ingrédients de la médecine chinoise traditionnelle), le Pourhouse (cocktails classiques), et le UVA Wine & Cocktail Bar y ont établi Vancouver comme une destination sérieuse pour les amateurs de cocktails.

Diageo World Class 2017 : Mexico City

En 2017, Stewart s'est présentée au Diageo World Class, la plus grande compétition internationale de bartending. Organisée chaque année dans une ville différente, la compétition rassemble des bartenders de plus de 60 pays qui s'affrontent dans une série d'épreuves : création de cocktails sous pression, service en conditions réelles, connaissance encyclopédique des spiritueux, et présentation devant un jury international.

La finale de 2017 se tenait à Mexico City. Stewart y a battu des dizaines de concurrents pour remporter le titre — devenant la première Canadienne sacrée championne du monde de la compétition. Sa victoire a propulsé Vancouver sur la carte mondiale du cocktail et a confirmé que la scène canadienne, longtemps éclipsée par les États-Unis, avait atteint la maturité.

La philosophie de la compétition

Pour Stewart, la compétition n'est pas une fin en soi — c'est un accélérateur de carrière et un outil de formation. La préparation d'une compétition World Class exige des mois de travail : étude approfondie des spiritueux (le concours est sponsorisé par Diageo, qui possède Johnnie Walker, Tanqueray, Don Julio et Bulleit entre autres), création de cocktails originaux, entraînement au service sous pression, et perfectionnement de la présentation orale.

Les compétitions de bartending ont leurs critiques. Certains reprochent aux concours de favoriser le spectacle au détriment du service réel, de créer des cocktails trop complexes pour être reproduits en conditions normales, et de servir avant tout les intérêts des marques sponsor. Stewart reconnaissait ces limites tout en défendant la valeur formatrice du circuit : la compétition oblige à sortir de sa zone de confort, à étudier des spiritueux qu'on n'utiliserait pas naturellement, et à affronter le jugement de ses pairs.

L'après-titre : entrepreneuriat et mentorat

Après sa victoire, Stewart a utilisé la visibilité offerte par le titre pour développer une carrière de consultante et de formatrice. Elle a travaillé avec des marques de spiritueux, des groupes hôteliers et des restaurateurs pour développer des programmes bar. Son approche de la consultation privilégiait la formation du personnel : un programme bar ne vaut que par les bartenders qui l'exécutent.

Le mentorat est l'autre volet de son engagement post-compétition. Stewart a participé activement à la formation de jeunes bartenders canadiens, en particulier des femmes. Dans une industrie où les postes de direction restent majoritairement masculins, sa victoire au World Class a ouvert une voie visible pour les bartenders canadiennes qui aspirent à une carrière internationale.

Les cocktails de la côte ouest

Les cocktails de Stewart reflètent sa géographie. Les produits du Pacifique — yuzu, shiso, gingembre, thé matcha — apparaissent régulièrement dans ses créations. Le sirop d'érable canadien remplace souvent le sucre simple. Les baies sauvages de la Colombie-Britannique — myrtilles, airelles, mûres — apportent une acidité et une couleur que les fruits tropicaux ne peuvent pas offrir.

Cette identité régionale est devenue un argument distinctif. Dans un monde du cocktail de plus en plus globalisé, où les mêmes recettes se retrouvent de Tokyo à Paris, les ingrédients locaux restent le meilleur moyen de créer quelque chose d'unique. Stewart l'a compris et en a fait sa marque.

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