Oscar Haimo naît en 1904 dans un ghetto juif de Paris — un début qui ne prédestine pas à une carrière dans les palaces. Pourtant, Frank Meier, le légendaire barman du Ritz Paris, le prend sous son aile et lui enseigne les fondamentaux du bartending de palace. En 1929, Haimo émigre à New York, juste avant le crash boursier. Il survit aux speakeasies de la Prohibition, travaillant dans des bars clandestins où la qualité de l'alcool est aussi douteuse que la légalité du service.
Après l'abrogation, Haimo s'élève progressivement dans la hiérarchie des bars hôteliers new-yorkais jusqu'à devenir maître de bar au Hotel Pierre, sur la Cinquième Avenue — l'un des palaces les plus prestigieux de Manhattan. C'est de ce comptoir qu'il écrit le Cocktail and Wine Digest, publié annuellement de 1943 à 1977 — un guide complet des cocktails et des vins, mis à jour chaque année, que les professionnels surnomment « la Bible des barmen ».
Le geste le plus admirable d'Haimo est peut-être le moins connu : après la Seconde Guerre mondiale, il enseigne gratuitement le bartending aux vétérans de retour du front, les aidant à se reconvertir dans un métier qui offre un emploi immédiat et une dignité professionnelle. L'homme formé par Meier dans un palace parisien transmet à son tour ce qu'il a reçu — à des soldats démobilisés qui n'ont jamais mis les pieds au Ritz.
Haimo meurt en 1982, laissant trente-quatre éditions de son Digest — un record de persévérance éditoriale que le monde du cocktail n'a pas égalé.
