Sunset Boulevard, 8221
Le Château Marmont se dresse au 8221 Sunset Boulevard depuis 1929, année où l'avocat Fred Horowitz fit construire un château de style normand sur les collines qui dominent le Strip de Los Angeles. L'hôtel, conçu par l'architecte Arnold A. Weitzman, s'inspirait du château d'Amboise dans la vallée de la Loire — un choix esthétique aussi improbable que réussi dans le paysage aride de la Californie du Sud.
L'hôtel devint rapidement le refuge des stars de Hollywood. Sa politique de discrétion absolue — ce qui se passe au Marmont reste au Marmont — en fit l'endroit idéal pour les acteurs, les réalisateurs et les musiciens qui voulaient boire, se rencontrer et faire des bêtises sans que la presse en soit informée.
Le bar comme salon privé
Le bar du Château Marmont n'a jamais été un bar à cocktails au sens traditionnel. Ce n'est pas un endroit où l'on vient pour la carte ou pour le bartender — c'est un endroit où l'on vient pour être vu (par les bonnes personnes) et invisible (pour toutes les autres). Le bar est un salon — des canapés, des fauteuils, des tables basses, une pénombre perpétuelle — où les cocktails sont un accompagnement, pas le spectacle.
Les commandes classiques du Marmont sont d'une simplicité désarmante : Dry Martini, Whiskey Sour, Gimlet, Vodka Soda. Les clients du Marmont ne commandent pas des cocktails à douze ingrédients — ils commandent des classiques, vite faits, bien faits, et souvent en grand nombre.
Les fantômes du Marmont
Le Château Marmont est hanté par ses légendes. Jean Harlow y aurait passé sa nuit de noces en 1932. Howard Hughes aurait espionné les baigneuses de la piscine depuis le toit. James Dean aurait sauté par une fenêtre dans la piscine. Jim Morrison aurait suspendu depuis le balcon de sa chambre. John Belushi y est mort d'une overdose dans le bungalow 3, le 5 mars 1982.
Harry Cohn, le patron de Columbia Pictures, aurait dit à ses acteurs : « If you must get in trouble, do it at the Chateau Marmont. » La phrase résume la philosophie du lieu : un espace où l'excès est toléré tant qu'il reste dans les murs.
L'évolution du bar
Le bar du Marmont a évolué avec les époques sans jamais perdre son identité. Dans les années 1930, c'était un salon Art Déco où les stars du cinéma muet puis parlant venaient se retrouver après les tournages. Dans les années 1960 et 1970, c'était le quartier général du rock'n'roll — Led Zeppelin y aurait conduit des motos dans les couloirs. Dans les années 1990, c'était le rendez-vous de la génération grunge et de la scène indie.
Aujourd'hui, le bar du Marmont reste un lieu de rencontre pour l'industrie du divertissement. Les cocktails y sont corrects mais sans prétention — le Marmont n'a jamais cherché à rivaliser avec les bars craft de Los Angeles. Sa valeur est ailleurs : dans l'atmosphère, dans la discrétion, dans le sentiment de faire partie d'un club dont les membres ne sont jamais nommés.
Le Marmont dans la culture du bar
Le Château Marmont s'inscrit dans une tradition de bars d'hôtel qui vendent plus qu'un cocktail — ils vendent une histoire. Comme le Ritz à Paris, comme le Savoy à Londres, comme le Raffles à Singapour, le Marmont est un lieu où chaque verre porte le poids des histoires qui s'y sont déroulées. Le Dry Martini du Marmont n'est pas meilleur qu'un Dry Martini d'un bar craft de Downtown LA — mais il est bu dans un endroit où Humphrey Bogart, Greta Garbo et Leonardo DiCaprio ont bu les leurs.




