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Rencontres

Holly Graham : la journaliste qui a ouvert les portes du bar japonais au monde

Mixologie
16 mai 2024
4 min de lecture

Holly Graham a consacré sa carrière à documenter la scène bar de Tokyo et d'Asie du Sud-Est. Journaliste, auteure et consultante, elle a fait découvrir au monde occidental les techniques japonaises de bartending et la culture du bar nippon.

Holly Graham : la journaliste qui a ouvert les portes du bar japonais au monde

Entre Tokyo et le reste du monde

Holly Graham occupe une position unique dans le monde du cocktail : celle de passeuse culturelle. Journaliste de formation, installée en Asie pendant plusieurs années, elle a consacré l'essentiel de son travail à documenter la scène bar japonaise pour un public occidental qui, jusqu'à récemment, n'en connaissait presque rien.

La découverte du bar japonais

Le Japon possède une culture du bar radicalement différente de celle de l'Occident. À Tokyo, Osaka et Kyoto, les bars de quartier — souvent minuscules, avec quatre ou cinq places au comptoir — pratiquent un style de bartending où la précision technique atteint un niveau obsessionnel. Un bloc de glace est taillé à la main avec un pic à glace pour obtenir une sphère parfaite. Un cocktail est remué exactement le nombre de tours nécessaire pour atteindre la dilution idéale. Le service est silencieux, concentré, presque cérémoniel.

Cette tradition remonte aux années 1950, quand les premiers bartenders japonais ont adapté les techniques américaines à leur propre sensibilité esthétique. Le bar Star Bar Ginza, ouvert en 2000 par Hisashi Kishi à Tokyo, incarne cette approche : un espace intime de douze places, un comptoir en acajou, des cocktails préparés avec une lenteur délibérée. Le Dry Martini du Star Bar — stirred pendant exactement 13,5 rotations, avec de la glace taillée à la main — est devenu un objet de pèlerinage pour les bartenders du monde entier.

Le hard shake et la technique Ueno

Graham a été l'une des premières journalistes occidentales à décrire en détail la technique du hard shake, développée par Kazuo Uyeda au bar Tender à Tokyo. Le hard shake diffère du shaking occidental par le mouvement du poignet : au lieu d'un mouvement linéaire avant-arrière, Uyeda utilise un mouvement en arc de cercle qui crée une aération plus fine et une texture plus soyeuse. Il a publié ses théories dans Cocktail Techniques en 2000.

La technique d'Uyeda a divisé le monde du bar. Certains bartenders occidentaux l'ont adoptée avec enthousiasme. D'autres l'ont rejetée comme un rituel inutile — la physique de la dilution et du refroidissement étant, selon eux, identique quel que soit le mouvement. Dave Arnold, dans Liquid Intelligence, note que la température finale et la dilution d'un cocktail shaké dépendent principalement du temps de shaking et de la quantité de glace, pas du style de mouvement. Le débat reste ouvert.

Asia's 50 Best Bars et la montée en puissance asiatique

Le travail de Graham a accompagné la montée en puissance des bars asiatiques dans les classements internationaux. Quand Asia's 50 Best Bars a été lancé, il a révélé au monde une scène d'une richesse insoupçonnée. Le Jigger & Pony de Singapour, le Coa de Hong Kong (spécialisé en agave), le Indulge Experimental Bistro de Taipei, le BKK Social Club de Bangkok — ces établissements rivalisent désormais avec les meilleurs bars de Londres et New York.

Graham a contribué à cette visibilité en publiant des reportages détaillés dans Difford's Guide, Punch et d'autres publications spécialisées. Son travail de documentation va au-delà du simple compte-rendu : elle contextualise chaque bar dans sa culture locale, expliquant comment les traditions locales (la cérémonie du thé au Japon, la street food en Thaïlande, le hawker culture à Singapour) influencent les cocktails servis.

Le whisky japonais et ses bars

Un volet important du travail de Graham concerne le whisky japonais et sa relation avec la culture du bar. Le Japon est devenu, depuis les années 2000, l'un des producteurs de whisky les plus respectés au monde. Suntory (Yamazaki, Hakushu, Hibiki) et Nikka (Yoichi, Miyagikyo) produisent des whiskys qui rivalisent avec les meilleurs scotchs.

Dans les bars japonais, le whisky est souvent servi en highball — whisky japonais, soda, glace — un format simple qui exige une exécution parfaite. Le highball japonais n'est pas un verre jeté à la hâte : la glace est sélectionnée pour sa densité, le soda est versé le long d'une cuillère pour préserver sa carbonatation, et les proportions sont calibrées au millilitre près. Graham a documenté cette culture du highball qui a inspiré des bars à whisky japonais dans le monde entier, de New York à Paris.

Une voix éditoriale dans un monde en mutation

Le rôle de Graham dépasse celui de simple journaliste. En documentant les bars asiatiques avec rigueur et respect, elle a contribué à décentrer le récit du cocktail craft — longtemps dominé par New York, Londres et quelques villes européennes — vers un récit plus global. Son travail rappelle que la culture du bar est mondiale et que certaines des innovations les plus significatives viennent de lieux où l'on ne les attendait pas.

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