Un pain au levain comme signature de bourbon
Pour trois week-ends du mois d'avril 2026, Maker's Mark et la boulangerie parisienne SAIN, fondée par le chef boulanger Anthony Courteille, proposent une miche en édition limitée directement inspirée de la recette du bourbon du Kentucky. La collaboration est annoncée dans un communiqué de presse diffusé en avril 2026. Elle prend la forme d'un pain vendu au poids, disponible uniquement dans les deux adresses parisiennes de SAIN aux dates publiées.
La démarche n'a rien d'une opération cosmétique : la miche est construite à partir des trois céréales qui composent le mash bill — l'assemblage de grains — du bourbon Maker's Mark : maïs, blé rouge d'hiver et orge maltée. À cette base céréalière, Anthony Courteille ajoute un levain enrichi au bourbon, qui apporte une dimension aromatique supplémentaire et joue le rôle de signature olfactive du pain.
Une anecdote historique remise au goût du jour
L'inspiration boulangère de la collaboration n'est pas anecdotique : elle fait écho à une pratique documentée aux origines de Maker's Mark. Dans les années 1950, au moment de mettre au point la recette de son bourbon, Bill Samuels Sr. — fondateur de la marque à Loretto, dans le Kentucky — testait ses différents assemblages de grains en pain, avec l'aide de son épouse Margie Samuels. L'exercice permettait d'évaluer les accords aromatiques sans passer par la distillation et le vieillissement, beaucoup plus coûteux.
C'est à l'issue de ces essais de panification que Samuels aurait retenu la formule toujours en vigueur aujourd'hui : un bourbon sans seigle, dans lequel le blé rouge d'hiver remplace le grain épicé traditionnellement utilisé par la concurrence. La substitution donne au bourbon son profil particulièrement doux, qui distingue Maker's Mark dans la catégorie.
Anthony Courteille et la boulangerie SAIN

SAIN a été fondée par Anthony Courteille à Paris, avec deux adresses opérationnelles dans le 3ᵉ (23 rue des Gravilliers) et le 10ᵉ (13 rue Alibert). L'enseigne revendique une approche centrée sur le levain naturel, des farines travaillées en direct avec des meuniers sélectionnés et des fermentations longues. Cette orientation s'inscrit dans le mouvement plus large de la boulangerie de fermentation qui s'est structuré en France au cours des dix dernières années, après des modèles américains et scandinaves.
La collaboration avec Maker's Mark n'est pas la première incursion de SAIN dans l'univers des spiritueux : le levain et les produits de boulangerie entretiennent des correspondances directes avec la fermentation distillée, notamment autour des notes de céréales, de fruits secs et de chêne torréfié. Le choix d'un bourbon au blé rouge d'hiver — plutôt qu'un rye au seigle dominant — facilite en outre l'accord avec un pain au levain naturel.
Maker's Mark, un bourbon construit autour du blé rouge d'hiver
Maker's Mark a été créée en 1953 à Loretto, dans le Kentucky, et appartient aujourd'hui au groupe Suntory Global Spirits via sa filiale Beam Suntory. La marque est identifiée par un bouchon scellé à la cire rouge et par sa forme de bouteille carrée, deux signes distinctifs dessinés à l'époque par Margie Samuels.
Sur le plan technique, Maker's Mark revendique plusieurs marqueurs : une fermentation en cuves de cyprès (matière rare dans l'industrie, plus couramment remplacée par l'inox), une double distillation en alambics de cuivre, et un vieillissement en fûts neufs de chêne américain fortement brûlés. Chaque lot est dégusté jusqu'à ce qu'il atteigne le point d'harmonie défini par la maison, généralement entre six et sept ans de vieillissement — là où beaucoup de bourbons standard sortent à quatre ans.
Le bourbon est commercialisé en France en grande distribution et chez les cavistes, à 29,90 € la bouteille de 70 cl, 45 % alcool (prix marketing conseillé). La marque est certifiée B-Corp depuis 2022, label qui mesure les engagements sociaux et environnementaux d'une entreprise — une certification relativement peu répandue dans le secteur des spiritueux. Au bar, Maker's Mark est un bourbon apprécié en version straight comme en cocktail classique : il constitue une base fréquente pour un Old Fashioned, un Manhattan ou un Mint Julep, le cocktail emblématique du Kentucky.
Un pan plus large : céréales, spiritueux et culture boulangère
L'opération Maker's Mark x SAIN s'inscrit dans un mouvement plus général de réexploration des liens entre céréales, fermentation et distillation. Le maïs, en particulier, occupe une place historique et culturelle forte dans les spiritueux américains, retracée dans notre dossier sur les spiritueux au maïs, du moonshine illégal au bourbon moderne. De son côté, le bourbon continue d'irriguer la culture cocktail internationale depuis sa réhabilitation post-Prohibition, évoquée dans notre article sur l'histoire du Lion's Tail et le retour du bourbon après la Prohibition.
Du côté boulanger, l'intégration de spiritueux dans les pains et viennoiseries reste relativement marginale mais se développe, poussée par une génération de chefs qui considèrent la panification comme un vecteur d'expression aromatique à part entière, au même titre que la pâtisserie. Le pain au levain enrichi de bourbon, à cet égard, s'éloigne du pain d'épice ou du cake aux fruits secs imbibés d'alcool pour explorer un territoire plus proche des cuissons lentes et des profils céréaliers.
Disponibilité : trois week-ends d'avril à Paris
La miche Maker's Mark x SAIN est proposée en édition limitée les 10 et 11 avril, 17 et 18 avril, puis 24 et 25 avril 2026, dans la limite des stocks disponibles. Elle est vendue 15 € le kilo, et s'obtient uniquement dans les deux boulangeries SAIN : 23 rue des Gravilliers, 75003 et 13 rue Alibert, 75010.
L'opération est pensée comme un événement ponctuel, sans commercialisation prolongée au-delà des dates annoncées. Elle ne fait pas l'objet d'une distribution en épicerie ni en grande surface. Les amateurs qui souhaitent prolonger l'expérience chez eux pourront se procurer une bouteille de Maker's Mark dans leur circuit habituel — les notes de chêne doux, de vanille et de fruits mûrs du bourbon dialoguent en effet avec les profils typiques d'un pain de fermentation longue.




