En 2004, Murray Stenson, barman du Zig Zag Cafe à Seattle, ajoute un cocktail oublié à sa carte : le Last Word — parts égales de gin, chartreuse verte, liqueur de marasquin et jus de citron vert. La recette vient de Bottoms Up de Ted Saucier (1951), un livre de cocktails qui attribue la boisson au Detroit Athletic Club. Personne ne sert le Last Word depuis des décennies. En quelques mois, le cocktail apparaît sur les cartes de bars de Portland, San Francisco, New York. En quelques années, il est partout.
Stenson (1949-), surnommé « Mur the Blur » pour sa vitesse légendaire derrière le bar, est un autodidacte passionné de vieux livres de cocktails. Il collectionne les manuels de bar du XIXe et du début du XXe siècle, fouillant les recettes oubliées avec la curiosité d'un archéologue. Le Last Word est sa découverte la plus célèbre, mais pas la seule : il a contribué à repopulariser de nombreux cocktails classiques à Seattle, ville qui joue un rôle sous-estimé dans la renaissance cocktail américaine.
Le Zig Zag Cafe, perché dans les escaliers qui mènent du Pike Place Market au front de mer, est un bar minuscule et décontracté — l'antithèse des speakeasies new-yorkais. Stenson y travaille avec une efficacité redoutable (d'où le surnom « Blur ») et une générosité qui contraste avec l'austérité de certains temples craft. Il parle aux clients, partage ses découvertes, explique les recettes. Le Zig Zag n'est pas un sanctuaire — c'est un bar de quartier qui sert des cocktails extraordinaires.
Le Last Word est devenu l'un des cocktails les plus influents de la renaissance — inspirant des dizaines de variantes (le Final Ward, le Last Mechanical Art, le Paper Plane) et prouvant qu'un cocktail oublié, ramené à la lumière par un bartender curieux, peut conquérir le monde.
