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Mixologie
Histoire

La première cocktail party : Clara Bell Walsh, St. Louis, 1917

Mixologie
16 mars 2026
6 min de lecture

La cocktail party n'a pas été inventée à New York ni à Londres, mais par une socialite du Missouri qui servit des Bronx Cocktails à cinquante invités un dimanche de 1917 — après avoir tenté une fête où les invités se déguisaient en bébés.

La première cocktail party : Clara Bell Walsh, St. Louis, 1917

En 1922, le New York Times définit la cocktail party comme « a gathering of persons who can have a 'good time' only when highly stimulated by strong waters ». La définition, volontairement condescendante, ne dit pas d'où vient cette institution sociale. La réponse n'est ni New York, ni Londres — où l'écrivain Alec Waugh s'en attribuera faussement la paternité dans les années 1920. C'est à St. Louis, Missouri, qu'une socialite nommée Clara Bell Walsh a inventé la cocktail party, un dimanche après-midi du début de l'année 1917.

St. Louis, Missouri, 1917 : pas New York, pas Londres

Clara Bell Walsh — Mrs. Julius S. Walsh Jr. de son nom marié — est « responsible for the innovation », selon le journal local qui couvre l'événement, le Wichita Beacon du 3 avril 1917. La scène se déroule au manoir Walsh, dans les quartiers cossus de St. Louis. Cinquante invités sont conviés pour un dimanche après-midi. Les cocktails sont servis de midi à 13 heures, heure à laquelle le « dinner » — le repas principal — est annoncé.

L'historien Eric Felten, qui a retracé cette histoire pour l'Oxford Companion to Spirits and Cocktails, note en passant qu'on peut écarter deux événements antérieurs du titre de « première cocktail party » : une fête dans une chambre d'hôtel après le théâtre documentée à St. Joseph, Missouri, en 1903, et une « cocktail party » organisée par une institutrice de Brooklyn pour ses élèves en 1906. Les deux se sont terminées par des décès — ce qui les disqualifie du genre.

Clara Bell Walsh : du biberon au shaker

Walsh n'en était pas à son premier essai en matière de réceptions originales. Avant de tomber sur l'idée de la cocktail party, elle avait organisé une fête thématique où les invités devaient se déguiser en bébés et boire au biberon. L'expérience ne fut « pas tout à fait le succès durable » que sera la cocktail party, note Felten avec un euphémisme pince-sans-rire.

La Walsh était une femme du monde parfaitement connectée aux tendances de la côte Est. Elle vivait la moitié de l'année au Plaza Hotel de New York, ce qui explique sa connaissance pointue des dernières modes en matière de cocktails. C'est cette double vie — l'opulence du Midwest et le cosmopolitisme new-yorkais — qui lui a permis d'importer dans les salons de St. Louis des pratiques encore inédites dans la bonne société provinciale.

Ce qu'on buvait à la première cocktail party

La carte des cocktails de Walsh témoigne d'un goût sûr et à la page. Les vedettes sont le Bronx Cocktail — gin, vermouth sec, vermouth doux et jus d'orange, l'un des cocktails les plus populaires de l'époque — et le Clover Leaf, variante du Clover Club agrémentée de feuilles de menthe flottant en surface. Deux choix résolument modernes pour 1917.

Pour les invités plus conservateurs, Walsh propose des highballs « some with Scotch and some with rye or Bourbon whisky », des Gin Fizzes, des Martinis et des Manhattans. Et pour les « hide-bound oldsters » — les vieux de la vieille attachés à leurs habitudes — quelques Sazeracs et Mint Juleps, cocktails du siècle précédent que les connaisseurs préservent comme des reliques.

Ce menu est une photographie de la mixologie américaine à la veille de la Prohibition. Dans moins de trois ans, le Volstead Act interdira tout cela. La première cocktail party a lieu au crépuscule d'un âge d'or — un dernier éclat avant treize ans de sécheresse.

Du Missouri au monde : la diffusion d'un rituel social

L'idée de Walsh — réunir des invités spécifiquement pour boire des cocktails, dans un créneau horaire défini, avant le repas — est d'une simplicité qui explique sa diffusion foudroyante. La cocktail party ne nécessite ni orchestre, ni thème, ni déguisement (Walsh en savait quelque chose). Elle ne nécessite que des bouteilles, de la glace, des verres et des invités.

Le format s'impose d'autant plus facilement qu'il résout un problème pratique de la vie sociale : comment recevoir un grand nombre de personnes sans les nourrir toutes. Un dîner assis pour cinquante convives est un cauchemar logistique. Des cocktails debout pour cinquante personnes pendant une heure, c'est une fête. La cocktail party démocratise la réception.

Après la Prohibition, le format explose. Les années 1930, 1940 et 1950 voient la cocktail party devenir un rituel incontournable de la vie sociale américaine, puis européenne. Le décor évolue — de la réception formelle au manoir Walsh aux apéritifs décontractés des banlieues d'après-guerre — mais la structure reste celle que Walsh a posée en 1917 : des cocktails, un créneau horaire, pas de place assise.

Les fausses paternités : Alec Waugh et le mythe londonien

L'écrivain britannique Alec Waugh — frère aîné d'Evelyn Waugh — revendiquera dans les années 1920 avoir inventé la cocktail party à Londres. La prétention ne résiste pas à l'examen des dates : Walsh avait déjà servi ses Bronx Cocktails à St. Louis plusieurs années avant que Waugh ne commence à recevoir dans son appartement londonien.

Le mythe de l'invention londonienne a la vie dure parce qu'il flatte le récit d'une cocktail culture transatlantique où Londres joue un rôle central. La réalité est plus provinciale et plus américaine : c'est dans le Midwest profond, pas dans les capitales culturelles, que le format social le plus durable du XXe siècle a vu le jour.

L'héritage : pourquoi la cocktail party a survécu à tout

La cocktail party a survécu à la Prohibition, à deux guerres mondiales, à la révolution sexuelle, au déclin du cocktail classique dans les années 1970, à l'ère du vin blanc dans les années 1980, et au retour du cocktail craft dans les années 2000. Aucun autre format social inventé au XXe siècle n'a montré une telle résilience.

La raison est peut-être dans ce que Clara Bell Walsh a intuitivement compris en 1917 : les gens préfèrent boire debout, en mouvement, pendant une durée limitée, avec la liberté de partir quand ils le souhaitent. La cocktail party est le contraire du dîner — pas d'assignation de place, pas d'obligation de rester, pas de conversation forcée avec le voisin de table. C'est la forme sociale la plus légère qui existe, et c'est pour cela qu'elle dure. Walsh avait raison. Les bébés au biberon, non.

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