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Mixologie
Rencontres

Samantha Casuga : Cuba, le Bronx et les cocktails de New York

Mixologie
1 juillet 2025
4 min de lecture

Samantha Casuga a porté les saveurs cubaines et caribéennes dans les bars de New York, créant un pont entre les traditions de rhum des Antilles et l'exigence technique du cocktail craft américain. Un parcours enraciné dans la diaspora.

Samantha Casuga : Cuba, le Bronx et les cocktails de New York

La Havane à Manhattan

L'histoire du cocktail cubain à New York est aussi ancienne que la Prohibition. Quand le Volstead Act a fermé les bars américains en 1920, des milliers de buveurs et de bartenders ont traversé le détroit de Floride vers La Havane, où le rhum coulait librement. Le Daiquiri, le Mojito, le Cuba Libre — ces cocktails sont nés ou ont été perfectionnés dans les bars de La Havane pour un public largement américain.

Samantha Casuga s'inscrit dans cette longue histoire d'échanges entre Cuba, les Caraïbes et New York. Bartender d'héritage caribéen, elle a grandi avec les saveurs du rhum, de la canne à sucre, du citron vert et de la menthe — des ingrédients qui sont au cœur de la tradition cocktail antillaise. Son parcours dans les bars de New York est un dialogue permanent entre cet héritage et les techniques du cocktail craft contemporain.

Le rhum comme fil conducteur

Le rhum est le spiritueux le plus divers du monde. Du rhum blanc de Cuba au rhum ambré de la Barbade, du rhum jamaïcain au funk prononcé au rhum agricole de la Martinique distillé à partir de pur jus de canne, chaque île produit un style différent. Cette diversité est la matière première de Casuga.

Ses cocktails explorent l'étendue du spectre du rhum. Un Daiquiri au rhum blanc cubain pour la pureté et la fraîcheur. Un Old Fashioned au rhum jamaïcain Smith & Cross pour le funk et la puissance. Un Ti' Punch au rhum agricole de la Martinique, servi à température ambiante selon la tradition antillaise. Chaque cocktail est une leçon de géographie caribéenne.

Les bars new-yorkais

New York est la ville américaine la plus caribéenne. Le Bronx, Brooklyn, Harlem — ces quartiers abritent des diasporas portoricaines, dominicaines, jamaïcaines, haïtiennes, trinidadiennes qui ont imprimé leur marque sur la culture culinaire et musicale de la ville. Les bodegas, les restaurants de comida criolla, les dancehalls de reggaeton — cet univers caribéen est omniprésent à New York.

Casuga a travaillé dans des bars qui font le pont entre cette réalité culturelle et le monde du cocktail craft. Ses cartes intègrent des ingrédients de la bodega — guava paste, tamarindo, piment scotch bonnet, coco — dans des structures classiques du cocktail américain. Un sour au guava et au rhum jamaïcain, un highball au tamarindo et au mezcal, un punch au coco et au citron vert — chaque cocktail est un métissage naturel.

L'héritage culinaire caribéen

La cuisine caribéenne est l'une des plus métissées du monde — africaine, européenne, autochtone, indienne, chinoise — et cette complexité se reflète dans les cocktails de Casuga. Les épices sont centrales : le piment de la Jamaïque (allspice), la muscade de Grenade, le clou de girofle, la cannelle, le gingembre. Ces épices, qui définissent les amers et les sirops caribéens (falernum, allspice dram), sont les composants essentiels du cocktail tropical.

Le falernum — un sirop ou une liqueur à base de citron vert, de sucre, d'amande, de clou de girofle et de gingembre — est l'ingrédient caribéen par excellence dans le cocktail. Il apparaît dans des dizaines de recettes Tiki et tropicales. Casuga utilise un falernum maison, dont la recette varie selon les saisons et les ingrédients disponibles — un exemple concret de la façon dont la tradition peut être vivante et non figée.

Le cocktail comme identité

Pour Casuga, le cocktail n'est pas seulement une boisson — c'est un vecteur d'identité culturelle. Dans un monde du cocktail encore dominé par les traditions européennes et nord-américaines (le Martini, le Manhattan, le Negroni), affirmer la légitimité des traditions caribéennes est un acte à la fois personnel et politique.

Cette affirmation passe par le choix des ingrédients, mais aussi par la façon de les présenter. Casuga refuse le cliché tropical — pas de parapluies en papier, pas de vulgarisation exotique. Ses cocktails caribéens sont présentés avec la même élégance et la même rigueur que les classiques européens. Le message est clair : le Daiquiri et le Manhattan méritent le même respect.

New York et la diversité du cocktail

Le parcours de Casuga s'inscrit dans un mouvement plus large de diversification du monde du cocktail américain. Les bartenders d'héritage latino-américain, caribéen, asiatique et afro-américain sont de plus en plus visibles et influents. Leurs cocktails enrichissent le répertoire global en y ajoutant des ingrédients, des techniques et des perspectives qui étaient absentes il y a encore dix ans.

New York, ville de toutes les diasporas, est le laboratoire naturel de cette diversification. Les meilleurs bars de la ville reflètent désormais la richesse démographique de leurs quartiers — un bar de Jackson Heights propose des cocktails indiens, un bar de Sunset Park explore les saveurs mexicaines, un bar du Bronx célèbre les traditions caribéennes. Casuga est à l'avant-garde de cette évolution.

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